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Attaque infondée de l'Etat contre les CCI

27/05/2014

Prise de parole en Assemblée Générale des CCI de France, Paris, mardi 27 mai 2014

"Jeune dans la fonction de président de CCI, mais impliqué depuis de nombreuses années dans la défense de l’entreprise et particulièrement des PME au niveau de l’exécutif national d’une organisation patronale, je veux vous faire part de ma détermination face à l’agression à laquelle nous sommes confrontés à la lecture du rapport des trois corps d’inspection.

Agression à l’égard de nos CCI dont la mort est annoncée, agression à l’égard des chefs d’entreprises que nous sommes, dont l’engagement bénévole est condamné pour incompétence et mauvaise gestion.
Habitué, et très favorable aux évaluations et audits de certification dans mon entreprise, comme au sein de ma CCI, je ne peux pas accepter « un diagnostic à charge » dont l’analyse est au service d’un scénario écrit d’avance.

Condamnation de l’action de milliers de chefs d’entreprises engagés pour leur territoire, disparition des CCI sur les territoires, fonctionnarisation du réseau, confiscation de moyens financiers fruits d’une bonne gestion, telles sont les conclusions du rapport remis au gouvernement.   

Je veux à la fois dénoncer un diagnostic sans fondement et des préconisations d’un autre âge.
Le diagnostic d’abord :
Comment accepter un diagnostic qui exclut de son analyse toute évaluation de notre action. Et pourtant, grâce à notre démarche de progrès, indicateurs d’activités et de performance ne manquent pas. Où dit-on, dans ce rapport, que nous accueillons 206.000 porteurs de projet par an et réalisons 899.000 formalités dans nos CFE ?
Où dit-on, dans ce rapport, que 35.000 PME de l’industrie ont bénéficié d’un appui des CCI, et 6.000 à l’exportation ?
Où dit-on, dans ce rapport, que nous formons 170.000 jeunes de l’enseignement supérieur, 100.000 apprentis et 400.000 stagiaires en formation continue ?
Où dit-on, dans ce rapport, que nos CCI gèrent 90 ports de commerce, de pêche et de plaisance, 128 zones d’activités, 65 incubateurs et pépinières d’entreprises ?

Le diagnostic financier, qui s’apparente à un exercice comptable, est aussi inacceptable.
Il faut dire, haut et fort, que nous ne coûtons rien à l’Etat. Tout prélèvement de l’Etat sur nos ressources ne constitue en rien une économie mais un impôt supplémentaire sur les entreprises, sans contrepartie de services rendus.
Il faut dire, haut et fort, que nous coûtons peu aux entreprises : en moyenne, chaque année, 500 euros par entreprise et 20 euros pour les plus petites d’entre elles.
Il faut dire, haut et fort, que pour chaque euro de taxe perçu, nos CCI génèrent 2,5 fois plus de ressources supplémentaires. Ce cercle vertueux devrait réjouir les pouvoirs publics.
Or, au contraire, les fruits d’une bonne gestion suscitent condamnation et convoitise.
Ne nous laissons pas abuser par cette musique qui conduit notre pays vers les abîmes : faites du déficit et vous obtiendrez aide et compassion, gagnez de l’argent et vous serez suspectés voire condamnés.

Passons aux préconisations :
On ne pouvait espérer d’un diagnostic aussi tendancieux, des préconisations qui suscitent le dynamisme créatif dont notre pays a besoin. Je les considère d’un autre âge.
Les auteurs du rapport souhaitent que nos CCI deviennent des excroissances de l’administration.
Après les schémas directeurs, schémas fonctionnels, COP et autre COM, qui nous corsettent déjà, voilà qu’on nous annonce la budgétisation de la ressource, le renforcement des têtes de réseau nationales, le renforcement de la tutelle de l’Etat. Au passage, je vous pose la question, où est l’entreprise ?
L’entreprise nous la connaissons, nous la vivons au jour le jour et nous n’avons pas attendu de mettre une marinière pour nous en occuper.

Mes chers collègues, il s’agit d’une condamnation sans appel de notre engagement, de nos actions au service des entreprises et des territoires. A l’heure d’internet, des réseaux sociaux, du travail collaboratif, l’administration centrale prend sa revanche contre les corps intermédiaires indépendants que nous représentons.
Cette fonctionnarisation des CCI est un changement profond de leur raison d’être et de leur nature.

J’en viens à la grande idée à la mode dans laquelle beaucoup s’engouffrent par facilité intellectuelle, je veux parler de la régionalisation forcée, parée de toutes les vertus.
Avons-nous conscience qu’un réseau consulaire réduit à 21 CCI et demain à douze est contraire à la réforme territoriale annoncée et qui met l’accent sur deux collectivités, la région et la communauté d’agglomération, seule bénéficiaire de la clause de compétence générale ?
Sans CCI territoriale, bénéficiant de moyens et de capacité d’initiative, nous allons détruire la proximité avec l’entreprise mais aussi les multiples collaborations avec les communautés d’agglomération. A titre d’exemple, les deux plus importantes communautés d’agglomération de mon territoire viennent de confier à notre CCI la gestion de leur pépinière de 3000 m² chacune.
Vous serez surpris d’apprendre qu’en Allemagne, souvent citée en exemple pour ses performances économiques, ce sont les CCI territoriales qui sont à la manœuvre, l’échelon régional n’existe pas et l’échelon national est très faible.

Après « Paris et le désert français », best-seller des années 60, je ne veux pas participer à l’écriture d’un nouvel ouvrage qui s’intitulerait « les métropoles et le désert français ».

Monsieur le Président, mes chers collègues, la situation est grave et appelle de notre part un sursaut, une action solidaire et déterminée. Car ce qui est proposé aboutit à deux disparitions :
-    La disparition des CCI Territoriales qui conduira à un appauvrissement de nos territoires
-    La disparition du rôle des chefs d’entreprises, responsables et libres de leurs décisions, et qui ont pris une part déterminante dans le développement des territoires de notre pays.

Vous avez annoncé, Monsieur le Président, la suppression de 6000 emplois, conséquence inéluctable de la confiscation annoncée de notre ressource.
Avec un taux d’absentéisme de seulement 1,5 %, avec des collaborateurs voués à leur mission et totalement occupés à des tâches utiles au développement de mon territoire, je ne participerai pas, en tant que président de CCI, au moindre licenciement ; je demanderai à l’Etat d’assumer jusqu’au bout ses responsabilités.


Je ne veux pas croire qu’un seul d’entre nous acceptera demain de rester comme figurant dans une pièce écrite par l’administration centrale."

André Garreta

Président de la Chambre de Commerce et d'Industrie Bayonne Pays Basque.

 

Pour en savoir plus : Communiqué de Presse du 28 mai 2014

 

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